L'invité
Juliana Antero-Jacquemin est chercheuse à l'INSEP (Institut National du Sport, de l'Expertise et de la Performance), au sein de l'IRMES (Institut de Recherche bioMédicale et d'Épidémiologie du Sport). Kiné de formation et franco-brésilienne, elle a progressivement orienté sa carrière vers la recherche scientifique, poussée par une curiosité naturelle pour les mécanismes biologiques. Elle dirige actuellement une équipe qui investigue l'influence des fluctuations hormonales (cycle naturel ou contraception hormonale) sur le bien-être, l'entraînement et la performance des athlètes féminines, notamment en vue des Jeux Olympiques. Elle anime également le compte Instagram F Power Sportive pour diffuser ses travaux à destination des sportives et entraîneurs.
Le sponsor
La révolution dans l'entraînement est arrivée. Découvre le Labo RNP, une formation qui innove l'univers de l'entraînement avec les dernières recherches en neurosciences. La reprogrammation neuroposturale est un système de référence dans l'évaluation et l'entraînement individualisé du sportif. Julien a lui-même suivi cette formation auprès de Romain, Adrien et Sébastien et en est ressorti "complètement bluffé". Le lien est en description.
Les grands thèmes abordés
- Le déséquilibre massif de la recherche en sciences du sport : seulement 9 % des études portent exclusivement sur des femmes, contre 71 % sur des hommes — et moins de 1 % de ces études sont spécifiques au sexe masculin
- Les quatre phases du cycle menstruel (menstruation, phase pré-ovulatoire, phase post-ovulatoire, phase prémenstruelle) et les deux hormones clés pour l'entraînement : les estrogènes et la progestérone
- Le RED-S (Relative Energy Deficiency in Sport) : qu'est-ce que ce déficit énergétique chronique, comment il se manifeste (cycles irréguliers ou absents, fractures de fatigue), et pourquoi il peut d'abord ressembler à une progression avant de mener à un plafonnement
- La contraception hormonale et la performance : les nouvelles générations de pilules microdosées ont des effets plus nuancés qu'on ne le croyait ; certaines sportives sont meilleures pendant la pause, d'autres pendant la prise — à observer au cas par cas
- La gestion des douleurs menstruelles à l'entraînement : réduction de l'intensité, augmentation du volume, yoga ou mobilité pelvienne à l'échauffement, apport en oméga-3, fer, calcium et vitamine D
- Comment un entraîneur peut aborder le sujet avec ses athlètes : déstigmatiser la question en la posant comme on pose celle du sommeil ou de la nutrition, conseiller un carnet d'entraînement personnel (non contrôlé par l'entraîneur)
- L'optimisation de la performance via le cycle : adapter l'affûtage et le pic de charge à la phase optimale de l'athlète, sans pour autant systématiquement réduire les charges pendant la menstruation
Lexique
- Cycle menstruel : cycle hormonal d'environ 28 jours (variable selon les individus) divisé en quatre phases — menstruation, phase pré-ovulatoire, phase post-ovulatoire, phase prémenstruelle. À distinguer des seules menstruations (les règles).
- Estrogènes : hormones féminines qui montent avant l'ovulation et après, jouant un rôle clé dans la construction musculaire, la santé osseuse et l'immunité. Leur carence chronique favorise les blessures.
- Progestérone : hormone produite après l'ovulation, qui monte avec les estrogènes en phase post-ovulatoire et chute en phase prémenstruelle.
- RED-S (Relative Energy Deficiency in Sport) : syndrome de déficit énergétique chronique dans le sport, qui touche davantage les femmes. Se manifeste notamment par des troubles du cycle (irrégularités, absence de règles) et augmente le risque de fractures de fatigue.
- Fracture de fatigue : lésion osseuse provoquée par la répétition de micro-traumatismes, souvent liée à un déficit en estrogènes et en énergie.
- Anovulation / aménorrhée : absence d'ovulation ou d'absence totale de règles — signes d'alerte d'un déséquilibre hormonal à ne pas ignorer.
- Prostaglandines : molécules inflammatoires libérées pendant la menstruation qui provoquent les contractions de l'utérus et peuvent être à l'origine des douleurs. Réduites par la consommation d'oméga-3.
- Cycle circadien : cycle biologique de 24 heures influençant le sommeil, la vigilance, la température corporelle et la testostérone (chez les hommes comme chez les femmes).
- Chronotype : tendance individuelle à être plutôt du matin ou du soir, influencée par le cycle circadien et modulable selon la luminosité.
- FSH / LH : hormones hypophysaires (Follicle-Stimulating Hormone et Luteinizing Hormone) mesurables par prise de sang, qui donnent des indications sur le fonctionnement du cycle ovarien même sous pilule.
- Affûtage : réduction progressive de la charge d'entraînement dans les jours/semaines précédant une compétition importante, pour arriver en état de supercompensation.